Fröbel

FROEBEL : 1782-1852

 

 

 

 

 

 

                                                        

 

 

 

Institut de formation I.T.S.R.A Clermont-Ferrand.

 

- Sommaire -

 

I Biographie                                                                                          p1 à 4

1) Son enfance et son adolescence

2) Ses années d’apprentissage et de voyage : la pédagogie pestalozzienne et la loi sphérique 

3) Création de l’institut général allemand d’éducation à Keilhau 

4) En Suisse

5) Création d’une école enfantine : application de sa théorie du jeu

 

II. Les influences de la pédagogie de Fröbel, la pédagogie de l'action    p5 à 8

1)      Comenius

2)      Pestalozzi

3)      Sa bibliographie

4)      La pédagogie active

 

III. La théorie de Fröbel : La loi sphérique et la religion                              p9 à 11

1) Qu’est ce que la loi sphérique ?

2) Application de la loi sphérique dans l’éducation

3) L’importance de la religion dans la pédagogie fröbelienne

 

IV) Application de sa pédagogie et de sa méthode du jeu : Création des jardins d’enfants   p12 à 22

1) L’allégorie du jardin d’enfants

2) Les principes pédagogiques de Fröbel appliqués au jardin d’enfants

3) Les jeux de Fröbel : dons et occupations

- 1er groupe : Jeux gymnastiques accompagnés de chants

            - IIème groupe : culture des jardinets

            - IIIème groupe : gymnastique de la main

- IVème groupe: Causeries, poésies, chants

 

V) L’influence de Fröbel en France                                                                     p23 à 24

 

Conclusion                                                                                                                   p24 à 25

Nos sources                                                                                                                 p 25

Annexes :

            Les dons de Fröbel

            Rendez-vous avec Lise Levis, responsable du jardin d'enfants à Chamalières

 

 

I. Biographie :

 

Auguste-Guillaume-Frédéric Froebel (ou Fröbel), est né le 21 avril 1782 à Oberweissbach, en Thuringe ; il est mort à Marienthal, le 21 juin 1852.

1)      Son enfance et son adolescence :

Froebel vient d’une fratrie de 6 enfants, son père est pasteur et sa mère décède quelques mois après sa naissance. Son père trouve qu’il a une intelligence lente donc il prend la décision de ne pas l’envoyer à l'école. Froebel suit alors avec beaucoup d'attention les services religieux célébrés par son père afin de comprendre le sens des dogmes chrétiens. Effectivement, Froebel a la conviction,  qu'une loi unique régit le monde physique et moral, la vie de l'homme.

A 10ans Froebel part chez son oncle qui va se charger de son éducation et l’inscrire  à l’école du village jusqu’à l’âge de 15ans.

Puis, il a fallu songer au choix d'une carrière. Son père le place donc en apprentissage chez un forestier pour apprendre la sylviculture, la géométrie et l'arpentage. Pendant son apprentissage le jeune homme lit de nombreux ouvrages de géométrie et de botanique, collectionne des plantes, et fait de longues promenades dans les bois. Il développe un goût très marqué pour la nature. A la fin de ses deux années d'apprentissage, Froebel refuse de rester chez son patron

 De 1799 à 1800 Froebel va à Iéna pour entreprendre des études en sciences naturelles, malheureusement des ennuis financiers marquent la fin de cette période d'études.

Froebel revient donc à Oberweissbach et il doit trouver un emploi pour gagner sa vie. Il trouve une place en tant qu’assistant d’un intendant, afin de s'initier à la pratique de l'économie rurale. Mais il doit repartir au chevet de son père qui meurt, en février 1802.

2)      Ses années d’apprentissage et de voyage : la pédagogie pestalozzienne et la loi sphérique :

La mort de son père est l’occasion pour Froebel d’être libre. A ce moment, rien ne l'attire encore vers l'enfance, vers le problème de l'éducation.

Dans les trois années qui suivent, Froebel sera successivement commis-forestier ; puis employé au cadastre bavarois, et enfin secrétaire particulier d’un grand propriétaire. Toutefois, il fait des lectures sur l'architecture. Il se procure quelques ouvrages techniques, et, après les avoir étudiés, il prend la résolution de devenir architecte. Arrivé à Francfort, il se place chez un architecte.

Mais, il rencontre le pédagogue Gruner, qui dirige une école-modèle à Francfort où est appliqué le système de Pestalozzi. Gruner embauche Froebel comme instituteur. C’est de cette manière que la rencontre entre Pestalozzi et Froebel a eu lieu à Yverdon. Suite à cette rencontre Froebel a envie d’enseigner et de mettre en pratique la pédagogie pestalozienne : Froebel devient alors précepteur.

En juillet 1811, il s’inscrit à  l’université de Göttingen. Cet été là, la grande comète parait. Froebel, qui s’intéresse aux phénomènes astronomiques, conçoit à cette occasion la loi sphérique. Cette loi sera le fondement de sa théorie de l’éducation et sa théorie du jeu dans les jardins d’enfants.

En février 1813, lors de la campagne de Russie Froebel répond à l'appel aux armes. C'est  pendant la guerre qu'il fera la connaissance de Langenthal, et de Middendorff qui deviendront plus tard ses dévoués collaborateurs.

En juillet 1814, Froebel regagne Berlin et obtient une place d'assistant au Musée minéralogique afin d’approfondir ses études en cristallographie. Pendant de longues heures, il considère les formes des cristaux et médite sur les lois qui les régissent, Froebel s’intéresse de plus en plus à l'idée du symbolisme des formes géométriques ; et il s'efforce de tout ramener à une unité supérieure, point de départ et d'arrivée des formes secondaires. A ce moment, il songe à  une carrière dans l'enseignement universitaire. Mais il finit par s'apercevoir qu'il est trop insuffisamment préparé, pour pouvoir aborder le haut enseignement scientifique. Il prend donc de nouveau la résolution, et cette fois d'une façon définitive, de se vouer à l'éducation de la jeunesse en général en continuant de s’inspirer de la méthode de Pestalozzi. Il remet sa démission au Musée minéralogique, et quitte Berlin en octobre 1816.

3)      Création de l’institut général allemand d’éducation à Keilhau :

A la mort de l’un de ses frères en 1813, sa belle-sœur lui demande des conseils pour l'éducation de ses 3 enfants. Froebel se résout à se charger lui-même de l'éducation de ses neveux, et de fonder un institut dont ils seraient les premiers élèves. Froebel a encore deux autres neveux, et le 13 novembre 1816  l'Institut général allemand d'éducation est fondé, avec, pour élèves, les cinq neveux de Froebel ; puis de nouveaux élèves arrivent. L’enseignement donné se compose d’instruction, d’éducation où la pédagogie se forme des conceptions mystiques que Froebel a ajoutées à la méthode pestalozienne.                                                                                                                                                                                                                                                                                  

A 36 ans Froebel se marie.                                                                                                                   

L'institut de Keilhau fait l’objet d’accusations calomnieuses, le nombre des élèves diminue rapidement et les embarras financiers apparaissent.

4)      En Suisse:

Il rencontre le compositeur  Schnyder. Celui-ci offre de mettre à la disposition de Froebel son château, en Suisse, pour y fonder un nouvel institut. Froebel accepte, laissant Keilhau pour le nouvel établissement, qui doit s'appeler Institut de Wartensee. Mais les calomnies propagées antérieurement refont surface ; aucun élève ne se présente. En attendant, Froebel ouvre dans le château une école publique pour les enfants du voisinage.

Quelques habitants d'une petite ville voisine, Willisau, désireux d'assurer à leurs enfants une meilleure éducation que celle de l'école communale, proposent à Froebel de venir s'établir parmi eux. Le 2 Mai 1833, le nouvel établissement ouvre ses portes. L'attention du gouvernement bernois a été attirée sur l'institut de Willisau. Le gouvernement de Berne décide de créer à Burgdorf un orphelinat, et d'en confier la direction à Froebel lors de l'été de 1835. On rend désormais justice à ses aptitudes.

5)      Création d’une école enfantine : application de sa théorie du jeu

Mais, une idée nouvelle le saisit, et le pousse à abandonner l'œuvre commencée pour s'engager dans une voie inexplorée.

Froebel renonce à son projet initial d’« éducation de l’homme » par l’enseignement scolaire. Il mise dorénavant sur la famille et le mode associatif. Il développe des matériels de jeu afin d’améliorer l’atmosphère pédagogique dans les familles.

En juin 1836, à Blankenburg, il crée une école enfantine, centre pédagogique pour les 3-6 ans où l’enfant va développer ses compétences avec le jeu. Froebel appelle son établissement « Institution pour l'éducation des petits enfants ». Puis, il veut transformer son école enfantine en un Jardin d'enfants, qui servira d'établissement modèle où se formeront des jardinières d'enfants. Mais son projet doit s’arrêter par le manque de moyens.

Froebel se résout alors à parcourir l'Allemagne pour y faire connaître ses idées. Mais il est découragé par les pédagogues qui ne l'accueillent qu'avec défiance, par les hommes de science qui refusent de le prendre au sérieux, et par les pouvoirs publics qui restent indifférents. Froebel se résout donc de s'adresser dorénavant aux femmes, et de remettre sa cause entre leurs mains. Il a de nouveau établi sa résidence à Keilhau où il fait un cours méthodique à l'usage des jeunes femmes qui se destinent à l'éducation des enfants.

En juin 1848, il adresse un appel aux instituteurs allemands à qui il veut exposer ses idées mais Froebel y rencontre à nouveau une opposition très vive.

Il va à Liebenstein, pour y continuer ses cours à l'usage des « jardinières d'enfants » qui observent et analysent le comportement de leurs élèves en situation de jeu. Des rencontres vont permettre la diffusion de la doctrine froebelienne et des jardins d'enfants. Ce qui a un grand retentissement et contribue beaucoup à populariser son œuvre. Mais le 7 août 1851, un arrêté interdit la fondation de jardins d'enfants dans les États prussiens. « Il résulte que les jardins d'enfants forment une partie du système socialiste qui a pour but d'inculquer l'athéisme à la jeunesse ». L'arrêté d'interdiction fut maintenu jusqu’en 1860.

Froebel décède le 21 juin 1852.  

 

 

 

 

 

 

 

II. Les influences de la pédagogie de Fröbel, la pédagogie de l'action

 

Fröbel, durant ses nombreuses années de recherches et de travaux a été influencé par d'autres pédagogues.

Avant d’expliciter les diverses influences, il me semble indispensable d’éclairer certains points concernant tout d'abord Comenius et ensuite sur le pédagogue Pestalozzi (sa biographie, sa pédagogie et ses fondements).

 

1) Comenius : 1592-1670

Philosophe, théologien et pédagogue tchèque, il voulait transformer l’école en « atelier d’humanité ». Dans ses ouvrages, il recommande de laisser l’enfant découvrir, discuter et faire lui-même.

Il est l’un des précurseurs de la psychologie constructiviste et le fondateur d’une forme de pédagogie différentiée en fonction du développement de l’élève.

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Pestalozzi et pédagogie pestalozzienne :

 

à Jahanin Heinrich PESTALOZZI (1746-1827) : ce pédagogue suisse a tenté de mettre en pratique les idées de Rousseau. C’est à Yverdon (1805-1825) qu’il expérimente sa méthode. Avec ses collaborateurs, il ouvre directement ou indirectement toutes les voies de la recherche pédagogique : apprentissage de la lecture et de l’écriture, pédagogie des mathématiques, gymnastique élémentaire, et même approche des handicaps.

Son objectif pédagogique est d’améliorer les conditions de vie des classes inférieures en stimulant par l’éducation les forces, les éléments, la nature de chaque enfant.

Pour lui l'Ecole doit faire œuvre de pédagogie. L'éducation trouve son sens dans un projet d'autonomie. Il dirige plusieurs établissements avant de connaître le succès à Yverdon-les-Bains. Il n'aura de cesse de construire un environnement où liberté, action et responsabilité (intérêt personnel et de l'ensemble) soient reliés.

Sa méthode :

-Observer la nature enfantine,

-Dégager des lois propres de son développement,

-Agencer un environnement à ce développement,

-Prendre en considération la dimension sociale de la relation éducative,
-Rendre effective sa capacité d'action.

Ce qui est le plus important dans sa méthode c'est l'esprit : « Observer, examinez et si quelque chose de mieux vous apparaît ajoutez le en vérité et en amour ».


 En 1805, Pestalozzi a élaboré « le livre des mères », un programme d’éducation afin de mobiliser l’amour maternel pour encourager et éveiller les forces fondamentales de l’enfant. Ce livre sera un point essentiel de l’œuvre de Froebel.

 

à Evolution de ses influences :

Fröbel rencontre durant son parcours le pédagogue Gruner, qui dirigeait une école-modèle où était appliqué le système de Pestalozzi. Gruner avait justement besoin d'un instituteur. Ainsi, Froebel a pris la place vacante. Une fois de plus, il venait de donner à son activité une direction nouvelle. Ce que Gruner lui racontait de Pestalozzi a inspiré à Froebel le plus vif désir de voir le grand éducateur à l'œuvre au milieu des siens. Ainsi, il est partit assister pendant quinze jours aux leçons données par les divers maîtres de l'institut pestalozzien, s’est entretenu avec Pestalozzi lui-même, qui lui expliqua les principes de sa méthode.

A l'école-modèle, Froebel était chargé de l'enseignement du calcul, du dessin, de la géographie et de l'allemand. Il a appliqué à ses leçons de son mieux la méthode pestalozzienne. Mais, Froebel, sentant le besoin de compléter son instruction par de nouvelles études, désirait reprendre sa liberté et résilia son contrat.

Il considérait alors la doctrine pestalozzienne comme la formule définitive de l'éducation nouvelle.

 

3) Ses ouvrages

- En 1826 Froebel publie «  Education de l'homme » dont la pensée maîtresse était : Trois facteurs doivent concourir au développement de l'être humain par l'éducation : la religion, les sciences naturelles, le langage, correspondant à ces trois termes : Dieu, la nature, et l'homme.  Puis, il fonde une revue mensuelle, « les Familles éducatrices ».

- En 1843, Froebel publie l’ouvrage intitulé les « Chants de la mère ». C’est un recueil contenant des chansons destinées à la mère qui berce son nourrisson. Les paroles sont l'œuvre de Froebel et de Middendorff. ». Il expose son projet pédagogique pour les nourrissons et les enfants de 1 à 2 ans encore trop jeunes pour être accueillis au jardin d’enfant. Dans cet ouvrage Fröbel reste au plus près de l’expérience quotidienne de l’enfant, qu’il restitue sous forme de scènes, des jeux de doigts et de comptines. La mère joue avec ses doigts et l’enfant doit reproduire ses gestes. Ce livre s’inscrit dans la lignée du « livre de la mère » de Pestalozzi, mais Fröbel va au-delà de la méthode cognitive et schématique de celui-ci. Le principe moteur est pour lui l’amour maternel. La mère exprime cet amour par le jeu. A l’origine, le petit-enfant est un être refermé sur lui-même. C’est au fur-et-à-mesure que ses forces se développent qu’il apprend à connaître son environnement, à le différentier et à la structurer. Peu à peu, grâce à l’expérience qu’il fait ainsi du monde extérieur, le soi véritable de l’enfant se structure et se différentie.

- En 1862 :  « Kurze Darstellung Pestalozzis Grundsätze der Erziehung und des Unterrichtes.  ( Nach Pestalozzi selbst) » (Bref exposé des principes d’éducation et de formation de Pestalozzi, d’après Pestalozzi lui-même). Cet important essai montre combien Fröbel a été influencé par Pestalozzi. Sa vie durant, à chaque étape de son œuvre, la pédagogie de Fröbel reste tributaire des idées de Pestalozzi sur l’éducation élémentaire, idées qu’il va interpréter et développer d’une manière indépendante et bien à lui.

 

4) La pédagogie active :

Les pédagogies actives rompent avec les pédagogies traditionnelles par leur volonté de rendre l’enfant actif et auteur de son propre apprentissage. L’enseignant organise des situations favorisant cette activité en tenant compte de l’état de développement de l’enfant.

Elles sont utilisées par les pioniers de l’éducation nouvelle. La base de ces pédagogies est la notion d’activité propre de l’élève. Par activité, on entend agir, faire, mettre en action.

 « C’est en faisant qu’on apprend à faire » Comenius

 

 

 

 

 

 

III. La théorie de Fröbel : La loi sphérique et la religion

1)      Qu’est ce que la loi sphérique ?

            En 1811, Fröbel rentre à l’université en Allemagne, à Göttingen. Il étudie les langues, la chimie, la physique, les mathématiques, la médecine, les sciences naturelles, la théologie (étude de la religion) et l’astronomie. Il est d’abord attiré par la structure mathématique. Ensuite, son objectif se transforme : il est en quête de l’unité originelle dont ces savoirs sont issus.

            A l’aide de ses connaissances en astronomie, il observe une comète dans le ciel et c’est là qu’il découvre : « la grande vue saisissante de la sphère comme forme de construction de l’univers, toujours unifiée en elle-même, comme une boule ». C’est à partir de ce moment là qu’il va développer sa théorie fondamentale : la loi de la sphère. La loi sphérique quitte le champ des figures mathématiques pour rejoindre celui de la mystique. Pourquoi Fröbel utilise-t-il le symbole de la sphère ? Parce qu’elle est le symbole de l’unité fermée sur elle-même, qui se construit à partir d’un centre s’étendant dans toutes les directions. La figure sphérique est ainsi le produit d’une tension qui s’exerce à force égale à partir du centre et trouve son point d’équilibre dans un cercle. Lorsque ces tensions s’exercent dans tous les sens, le cercle devient une sphère.

            La loi sphérique permet d’abord à Fröbel de déchiffrer sa propre existence et les grands évènements qui l’ont marquée. Il voit défiler devant lui tout le mouvement intime de sa vie, avec de grandes polarités qui l’écartèlent : la mort de sa mère, la naissance de son enfant, le savoir et la vie, la guerre et la fraternité. La loi sphérique désigne surtout l’expression d’une foi, un sens à l’existence humaine, malgré les contraires qui pourraient la faire éclater. C’est une façon de dire que la vie est plus forte que les contradictions qui menacent de la faire tomber dans le néant.

            La loi sphérique est la loi fondamentale du Tout, du monde physique comme du psychique, du monde moral comme du monde intellectuel, du monde sentant comme du monde pensant. C’est aussi percevoir, voir, reconnaître comment repose toujours dans une unité relativement supérieure.

 

            Dans ses Thèses de 1811, Fröbel développe son intuition première en vingt-quatre propositions :

1 - Il n’existe qu’une loi fondamentale à travers l’univers entier

2 - Cette loi est la loi du plus et du moins, ou du contraire

3 – Cette loi part du milieu vers tous les côtés en même temps, ou sphériquement

4 – Tout ce qui est est soumis à cette loi sphérique

5 – L’univers entier est sphérique

6 – Le siège du créant éternel est au centre

7 – Tout ce qui est, est, selon son essence, son être, aussi vieux que l’est l’éternel lui-même, en conséquence éternel lui-même

8 – Toute connaissance humaine, toute science est simple

9 – La science elle-même porte en elle le même organisme, elle est toute entière soumise à la même loi, comme la nature du tout lui-même

10 – Chaque homme est déterminé à embrasser le savoir entier dans son âge adulte. Tout homme qui veut parvenir à la science parfaite, doit la trouver en lui-même, il doit la faire sortir de soi-même. Ce qui est là comme science ne lui est qu’un indicateur du chemin. Toute science en dehors de nous est hypothétique. C’est seulement en nous que repose la vraie science.

11 – Le reste du temps, il est destiné à vivre pour l’humanité

12 – C’est ainsi qu’il vit pour soi-même

13 – Lui et l’humanité, c’est une seule et même chose

14 – L’humanité et l’éternel c’est la même chose

15 – Parmi les être que nous connaissons, c’est en l’homme que se manifeste de la façon la plus déterminée la loi fondamentale de la nature, la loi du contraire

16 – C’est pourquoi l’homme est également créé pour accueillir en lui l’univers entier, pour le recréer

17 – Faire cela, c’est la seule façon de faire de la science

18 – Ce n’est que dans le mariage qu’il y a science parfaite

19 – Et la science est d’autant plus parfaite que l’union entre l’homme et la femme est pure, parfaite et heureuse

20 – Le mariage est la liaison de contraires du même nom

21 – La femme est destinée tout autant que l’homme à la science et à la pénétration de celle-ci

22 – Toutes les propositions de la science sont faciles et généralement éclairantes : compréhensibles, et elles se fondent sur la science mathématique la plus simple

23 – La science unit philosophe et art

24 – Sans les deux unis, aucune science n’est possible »

 

 

2)      Application de la loi sphérique dans l’éducation

            C’est dans l’éducation que la loi sphérique va trouver son champ d’application le plus adéquat. Pour Fröbel « l’homme doit être éduqué selon cette loi ». Il va pouvoir appliquer sa théorie dans son institut à Keilhau, à partir de 1816. Au-delà de toutes les considérations scientifiques et philosophiques, la loi sphérique permet à Fröbel de comprendre la nature de l’enfant, dans son développement ; cela à partir du noyau central de la personnalité de l’enfant. Grâce à de nombreuses observations des enfants qu’il prend en charge à Keilhau, Fröbel découvre que le développement de l’enfant ne s’opère pas de façon linéaire, mais dans toutes les directions en même temps, dans un jeu d’équilibre des forces en tension. Il s’appuie sur Pestalozzi, pour qui la nature de l’enfant se développe dans son unité, à travers une diversité de forces qui sont toujours à la recherche d’un équilibre. Ces forces désignent la force intellectuelle (la tête), la force morale (le cœur) et la force technique (la main). A travers sa pédagogie, Fröbel insiste pour qu’aucune de ces forces ne soit favorisée au détriment des deux autres. La loi sphérique peut ici être comprise comme un essai de mise en forme de la pensée de Pestalozzi qui n’avait pas exposé cette théorie : « la production de l’unité à partir d’une diversité voulue et entretenue ».

            Il est quasiment impossible de se représenter la figure de la sphère de Fröbel tant elle est « riche de vie et de mouvement » pour lui. Cela permet à Fröbel « de saisir ce qui ne peut être pleinement compris ni dans la réalité ni dans l’idée : la production de la vie ».

            La forme de la sphère se retrouve dans la balle qui, pour Fröbel, doit être le premier jouet de l'enfance. Celle-ci a une haute signification philosophique. C’est l’«image du tout», le symbole de l’unité. A travers ce symbole, le monde souhaite la bienvenue au petit enfant. Mobile et élastique elle inscrit le jeu dans une dialectique séparation / réunion et permet une foule d’activités.

 

3)      L’importance de la religion dans la pédagogie fröbelienne

         Pour Fröbel, une loi unique et éternelle gouverne toutes les choses : « En tout repose une Loi éternelle ; elle s’exprime extérieurement dans la Nature et intérieurement dans l’Esprit, et dans ce qui unit l’une et l’autre, la Vie ». A la base de cette loi qui régit tout, il y a une unité qui existe éternellement. Cette unité est Dieu : « Tout provient uniquement de Dieu, Dieu est l’unique principe de toute chose ».  

            Pour que l’éducation ait un sens, il faut que la nature humaine ne se divise pas dans la multiplicité de la vie : Dieu est le garant de l’unité.

            Pour Fröbel, l’école doit avant tout enseigner la religion chrétienne : « Tout homme, dit-il, procède de Dieu, subsiste par Dieu, et vit en Dieu, et par conséquent doit s'élever à la religion de Jésus, à la religion chrétienne. C'est pourquoi l'école doit avant tout enseigner la religion du Christ ; partout et sous toutes les zones, tel doit être le premier enseignement de l'école ».

               C'est l'éducation basée sur l'enseignement chrétien qui, s'emparant de l'Homme dès son berceau, consultant ses besoins, ses dispositions, ses penchants, son origine doit le guider et le soutenir dans sa marche vers le terme que lui assigna Dieu.

 

 

 

IV. Application de sa pédagogie et de sa méthode de jeu :

1) L’allégorie du jardin d’enfants

 

Jardin d’enfants, ou « kindergarten » est l’appellation donnée par Fröbel en 1840 à son école enfantine de Blankenburg (« établissement pour répondre aux besoins d’activité de l’enfance et de la jeunesse »), près de Keilhau en Allemagne, fondée en 1836. Celle-ci se compose également d’un institut de formation de guides d’enfants, les « jardinières d'enfants », fondé en 1839.

 

L’expression « jardin d’enfants » doit être comprise au sens allégorique : le jardin est l’école, et les enfants sont les plantes dont les institutrices sont les jardinières. Selon Fröbel, c'est en effet dans le jardin, sous l'influence des phénomènes de la nature, qu'il faut élever l'enfant et procurer à la plante humaine les bienfaits d'un milieu bien approprié, ainsi que le ferait un bon jardinier pour les plantes de son jardin. Fröbel va donc inventer une méthode propre à la petite enfance, régie par un courant philosophique et éducatif où le petit enfant, comme une graine, suit son propre développement grâce à un environnement étudié pour lui.

 

« La plante humaine, comme la plante végétale, puise les éléments indispensables à son épanouissement non-seulement en elle-même, mais aussi et surtout dans les conditions au milieu desquelles elle germe ». « De l'éducation de l'homme », 1826

 

2) Les principes pédagogiques de Fröbel appliqués au jardin d’enfants

 

Mots-clés : éducation = connaissance du divin qui s’exprime dans la nature et dans l’esprit + connaissance de la nature + connaissance de soi = unité

 

Selon Fröbel, l’enfant ne peut saisir intuitivement le monde extérieur. La nature riche et complexe déroute l’enfant. Il faut lui présenter les formes simples, élémentaires qui symbolisent la « généralité » des objets en cause. Ces formes c’est la sphère et le cube (principalement). Il faut les présenter en même temps car elles s’opposent et se complètent :

 

- balle : mouvement, changement, diversité. La sphère est aussi le symbole de l'unité et de la perfection divine. Elle est la clé qui permet de « lire la création et ainsi de connaître Dieu ».

cube: repos, équilibre

 

« L'enfant ne peut se saisir que dans la perception des formes les simples du monde extérieur présenté de façon concrète. Les images, les symboles éveilleront dans l'enfant les germes des facultés correspondantes. C'est à nous de les fabriquer car la nature ne les donne pas ». De l’éducation de l’homme, 1826

C’est pourquoi Fröbel offre à la première enfance une progression d'impressions par des objets simples, des petits mouvements accompagnés de chansons, et plus tard, des jeux et des occupations qui exercent autant l'âme que le corps. Il passe progressivement des formes les plus simples aux plus complexes.

Pour Fröbel, Dieu et le principe divin agissent en toutes choses. « La destination, la vocation particulière de l’homme en tant qu’être doué de sentiment et de raison, est d’arriver à la prise de conscience totale de son essence, de sa nature divine et donc de Dieu. […] Le but de l’éducation est d’encourager et de guider l’homme, être conscient, pensant et percevant, de manière qu’il devienne par son propre choix personnel, une représentation pure et parfaite de cette loi intérieure divine : l’éducation doit lui montrer les voies et les moyens d’atteindre ce but ».  p2 « De l’éducation de l’homme », 1826 

 

Sa pédagogie est une pédagogie de l’action : Pour lui, l’éducation doit avoir pour but, non de faire acquérir une somme donnée de connaissances mais d’encourager l’initiative personnelle, l’activité propre de l’enfant et susciter l’essor libre de ses facultés. L’action chez le jeune enfant, c’est essentiellement le jeu.

 

« Le jeu n’est pas une chose frivole pour l’enfant mais une chose de profonde signification » (Fröbel)

            « Les jeux de l’enfant sont le cœur de la plante qui s’épanouira toute la vie entière ». (F.)

            Le jardin d’enfant se base sur cette activité ludique. Fröbel pose le principe de l'activité libre et spontanée de l'enfant; non pas le jeu libre ou plutôt arbitraire de ses instincts, mais la discipline de ces instincts par ses propres efforts dirigés vers un but utile, c'est-à-dire par le travail de toutes ses facultés pour aboutir au développement intégral de l'être. L’enfant est conduit du jeu au travail manuel. Dans le travail manuel l’enfant apprend « à poursuivre lui-même l’accomplissement d’une tâche volontaire ». Les exercices ne sont pas une fin en eux-mêmes, ils n’existent qu’en vue de l’éducation et ils n’atteignent leur but éducatif que s’ils ont un lien avec la vie réelle.

            Fröbel crée des jeux ou « occupations » à l’usage des enfants. Il en fait tout un répertoire : balles, jeux de cylindre, bâtonnets, coloriages, modelages, pliages etc. Les jeux éducatifs sont conçus pour aider l’épanouissement des facultés élémentaires de l’enfant. Il y a aussi des éléments naturels : plantes, fleurs, animaux etc. Il conçoit ce qu'il va appeler des « dons » que l’adulte donne à l’enfant et qui sont des jeux que l'enfant va manipuler. Il organise la manipulation de son matériel en fonction de deux progressions : l'une est analytique et l'autre est synthétique. L'enfant doit combiner et réunir en un tout, diverses parties du matériel ou effectuer la transformation de la matière. On va appeler cela les "suites". On ne démolit pas ses jeux, on part de ce qu'ils sont pour en créer d'autres, avec organisation. Ainsi l'enfant entouré du chaos réorganise sa pensée par l'intermédiaire d'un matériel et une méthode appropriée. Il acquiert un esprit de suite et de persévérance.

            L’enfant joue spontanément et se donne tout entier à son jeu qui s’effectue généralement dans le silence. Bien que le jeu libre ait une place d’honneur dans la méthode de Fröbel, la « jardinière » tient un rôle important d’observation de l’enfant à travers le jeu. Comme l’enfant s'exprime par le jeu sans contraintes de l'adulte, il se révèle tel qu'il est et permet qu'on le connaisse véritablement. L’élément d’auto-apprentissage est complété par des jeux auxquels les adultes participent, aidant l’enfant qui joue ou qui construit de leurs suggestions et de leurs explications.

Fröbel établit un groupement très systématique de ses jeux :

Ø      Ier groupe : Jeux gymnastiques accompagnés de chants

            L'exercice physique est le premier besoin de l'enfant. Fröbel profite de cette manifestation naturelle pour exercer méthodiquement les membres, par une série de petits jeux gymnastiques, arrangés de manière à mettre en action tous les muscles et surtout à exercer les mains, organes par excellence de l'homme.

Les chansons qui accompagnent ces jeux indiqués dans « Les causeries de la mère, » servent à donner à l'enfant les premières notions des choses et de la parole, ainsi qu'à développer l'oreille.

Les jeux sont la mise en scène d’évènements de la vie de tous les jours. Les enfants observent, puis imitent les gestes de la jardinière : ce sont les mouvements du paysan, semant, moissonnant, battant le blé, c'est le train s'ébranlant avec ses nombreux wagons, ce sont les oiseaux qui s'envolent du nid et y reviennent, c'est la roue du moulin que le ruisseau fait tourner. Chaque jeu est accompagné d'un chant qui le résume. L'institutrice enseigne et dirige ce chant, insiste sur l'imitation exacte des mouvements, provoque des remarques et des comparaisons. Elle n'a pas souci seulement du développement corporel, mais aussi du développement intellectuel.

Ø      IIème groupe : culture des jardinets

            Les jardinets ont une haute portée éducative. En effet, ils permettent à l’enfant de posséder son propre coin de terre, et d’apprendre le respect de la propriété d'autrui. Ils permettent de conduire l'enfant à la nature. On apprend à travailler, on sème et récolte, on apprend la vie sociale. Si un enfant tombe malade on entretien son jardin. Il y a le jardin communautaire et les jardinets particuliers. Les enfants disposent comme ils le veulent de ce qu'ils récoltent. L’enfant apprend ainsi à respecter la graine qu'il a semée, il prépare la fleur par les soins qu'il donne à la plante. La jardinière a également son propre jardinet. Chaque jour quelques enfants viennent soigner les plantes qui seront très utiles pour les « leçons de chose ». L'enfant développe ainsi ses facultés individuelles avec un aboutissement communautaire.

Ø      IIIème groupe : gymnastique de la main

Ce mot indique clairement et d'emblée le rôle que Fröbel attribue au toucher, c'est-à-dire au contact direct, constant, entre l'enfant et les choses de son entourage. Il cherche à favoriser chez l’enfant l’adresse manuelle, le développement des sens, et par cet intermédiaire l’éveil de la pensée, grâce au maniement des objets.

Matériel d'occupations :

            Les activités du jardin d’enfants font une place prépondérante aux matériels, objets simples comme des balles, une boule, des cubes, des bâtonnets… Fröbel décompose ce système de « jouets » en matériels de diverses formes (solides, surfaces, lignes et points), dont il décrit les relations en séparant les quatre sortes de matériels (analyse) puis en les recombinants (synthèse). Partant de l’unité (de la balle) il procède par la description de matériels de plus en plus clairement structurés et distincts pour aboutir aux perles, « points » qui renvoient aux structures sphériques. Tout cela pour mettre en évidence le cosmos et la création par la construction, afin de permettre à l’enfant d’acquérir par sa propre action, une connaissance intuitive et perceptive des structures élémentaires du réel. La combinaison de ces éléments permet d’obtenir une variété presque infinie de formes que Fröbel dénommait « formes de la vie » (formes du monde vivant), « formes de la beauté » et « formes de la connaissance » (groupements mathématiques).

A. Solides

 Les solides comprennent ce qu'on a plus spécialement appelé dons de Fröbel.

1er don: La balle : la balle représente la forme primitive, le point de départ de toutes les autres formes.

 Il y en a six, en laine écrue, recouvertes chacune d'un tricotage de laine différente, avec les couleurs primitives: rouge, jaune, bleu et les couleurs secondaires : violet, vert, orange. La balle est libre, soit attachée à un fil, soit tenue à la main, soit attachée à un chevalet. Elle se manipule avec une chanson et des sauts. C'est l'éternel jouet favori de l'enfant qui peut être enfermé dans la main, élastique elle ne blesse pas, mobile elle donne du mouvement, c’est l'objet le plus simple que l'enfant perçoit. Le mouvement est déterminé ou libre, dans son berceau l'enfant la suit des yeux. Entre les mains du tout petit enfant, la balle est le jouet par excellence qui permet de travailler le symbolisme : tantôt en laisse, tantôt libre, elle représente chien, agneau, clochette, poupée, oiseau, etc., de même pour les couleurs de la balle : la balle verte représente une pomme verte, la rouge la cerise rouge, etc. On exerce l'enfant à balancer la balle en mesure, à la changer de main, à la faire rouler vers un camarade, et à la rattraper quand celui-ci la renvoie. Cela demande à l’enfant de la concentration et de l’habileté. Ces exercices se répètent aussi longtemps qu'ils font plaisir à l'enfant. Les répétitions rendent les impressions plus durables, élargissent le champ des expériences, rendent les perceptions plus claires, plus précises.

2èmedon: boule, cylindre, cube

C’est une boite en bois contenant: la sphère, le cube, (5 cm de base) le cylindre. Ce sont les symboles de la thèse, l'antithèse, c'est la loi des contraires, de la diversité. On la présente à l'enfant vers 9-12 mois, après les premiers jeux de la balle. L'enfant fait la comparaison de la boule avec la balle par rapport à la masse, la dureté, elle fait du bruit, ce sont de nouveaux plaisirs, comparée avec le balle en laine. Comparaison aussi avec le cube, dont la forme et les possibilités sont opposées. C'est le mouvement, contre le repos; le divers contre l'unité. A partir de là le cube servira de base à tous les exercices fröbeliens. En 1843 Fröbel introduit une idée de conciliation des contraires: le cylindre qui rappelle à la fois la boule et le cube. C'est la thèse, l'antithèse et la synthèse.

Dons 3 à 6 : « les boites de construction » :

3ème don: cube divisé en 8 cubes.

Chaque enfant possède une boite fermée contenant des cubes qui, rangés les uns sur les autres, ont l'air de n'en faire qu'un. Il y a 8 petits cubes qu'on peut ranger en ligne droite, en cercle, en étoile, en croix, en escalier, dont on peut faire des chaises, des tables, des maisons, des colonnes. L'enfant doit combiner et réunir dans un tout les diverses parties du matériel. Il apprend à effectuer la transformation de la matière. L'enfant pourra imiter la forme d'une chaise, un banc pour s'asseoir…C'est à ce moment que sont introduits les objets usuels avec lesquels l'enfant construit et commente. Le cube se transforme et se reconstruit. De chaque nouvelle figure naît de légères modifications de la précédente. Il faut que les 8 cubes soient employés et aient une place essentielle. Il n'y a rien d'inutile qui n'ait son but ou sa raison d'être. L'enfant doit prendre plaisir à créer et non pas à détruire.

4ème don: cube divisé en 8 briques. La boite est identique à celle des cubes et contient des briques, semblables en petit à celles du maçon. On fait apprécier à l'enfant la différence d'aspect entre les cubes et les briques.

5èmedon et 6èmedon. Ces deux dons sont dérivés des deux précédents : le nombre des pièces est très considérable, et voici des formes jusqu'ici inconnues : des prismes, des colonnettes, des carreaux. Ce matériel est une mine inépuisable, mais, en raison de sa richesse même, il dépasserait l'intelligence des enfants si ceux-ci n'étaient, préparés par les exercices précédents et ne s'en tenaient a la règle constante de la méthode : partir d'un motif pour en produire une série d'autres soit avec le minimum de changements, soit par la recherche de l'effet le plus opposé : conciliation des contraires. L'enfant provoque ainsi des formes innombrables, modifie les rapports entre elles.

B. Surfaces

1. Tablettes en bois. : Ce sont des petites plaquettes de bois ou mosaïque, pour faire de nombreuses combinaisons et figures géométriques, avec des bouts de bois ou des cartons coloriés. Les formes sont le carré, le rectangle, le triangle, de différentes formes: équilatéral, obtus, isocèles.

2.  Surfaces en papier. Après les surfaces en bois viennent celles en papier qui permettent à l’enfant de modifier définitivement l'apparence du matériel de travail et de produire des formes stables, et même quelques petits objets usuels, jouet ou cadeau pour son entourage.

a) Pliage et b) Découpage. Pliage et découpage peuvent servir à l'enseignement pratique d'une foule de notions géométriques (apprentissage des lignes, des angles, de la symétrie…). Pour les plus petits, le découpage devient un déchirage régulier, les ongles remplaçant les ciseaux.

c) Tissage. C'est une des occupations favorites au jardin d'enfants. Ce travail admet toutes les combinaisons possibles de trame et de chaîne, depuis la simple toile jusqu’à certains damassés compliqués. La diversité des couleurs ajoute à ce travail un élément artistique qui ne manque pas d'importance. La règle principale à observer est celle d'une progression lente et raisonnée.

C. Lignes

1. Bâtonnets.Les bâtonnets rappellent, soit les arêtes des volumes, soit les côtés des surfaces. Employés seuls, ils servent spécialement à reproduire des figures planes, ou bien à imiter des objets usuels sans tenir compte de la perspective.

2. Bâtonnets et petits pois. Les petits pois ramollis dans l'eau, des boulettes d'argile ou de mie de pain, se combinent avec les bâtonnets dont on a affilé les pointes ; ces petites boules sont le lien indispensable pour réunir les bâtonnets aux angles, et construire un cube, un prisme, etc., dont les arêtes seules seront figurées ; on peut faire également ainsi un escabeau, une table, un banc, etc.

3. Lattes et 4. Papiers entrelacés. Les lattes et les papiers en bandes donnent lieu par leur entrecroisement à la construction de figures planes qui ont l'avantage de pouvoir se soutenir par elles-mêmes. On produit ainsi des formes artistiques (rosaces) et usuelles (barrières, fenêtres, etc.). La flexibilité du papier ajoute à ce travail un charme, une difficulté et une utilité de plus ; il s'agit souvent, pour tresser des bandelettes ou pour les entrelacer, de les diviser en parties bien égales ; c'est l'étude pratique des fractions, cachée sous du papier rose ou bleu.

5. Jeux avec le fil.  Ils se font avec un cordon posé sur une ardoise un peu humide, en sorte que le cordon devient très souple et prend facilement toutes les positions ; l'enfant en profite pour lui faire reproduire les contours d'un objet quelconque, ce qui ne demande qu'un peu d'observation, ou une figure géométrique, qui, si elle est régulière, exige une grande exactitude d'exécution et une appréciation très rigoureuse des longueurs relatives.

6. Anneaux. Enfin, voici le cercle qui vient rappeler la balle et donner, après toutes ces lignes si droites et si finies, la notion du sinueux et de l'infini. Là aussi, il y a des fractions, et le calcul trouve son compte en même temps que le dessin. L'anneau et ses subdivisions se prêtent à former des rosaces et des encadrements excessivement gracieux, ce qui donne à l'enfant l'idée de la courbe et de l'emploi qu'on en peut faire.

D. Méthode de dessin décoratif

Le jardin d'enfants donne du papier quadrillé, et, s'il y a en cela une contrainte, c'est une contrainte bienfaisante que l'enfant ne tarde pas à accepter, parce qu'il reconnaît l'inconvénient de s'en passer: chaque ligne a un point de comparaison, les distances totales sont subdivisées, si bien que la moindre faute devient sensible. C’est un triangle, un carré, un rectangle qui forme le point de départ. Ces éléments se groupent et donnent naissance à des éléments plus considérables, qui se répètent de diverses façons symétriques. L'œil et l'esprit trouvent là sujet à un travail assidu de comparaison et de jugement.

Mais la leçon de dessin laisse un temps de liberté absolue à l'initiative de l'enfant où il peut laisser aller son imagination et dessiner à son gré. Enfin, on propose parfois des formes planes très simples, des feuilles naturelles dont ils peuvent suivre le contour avec le doigt avant d'essayer de les dessiner.

E. Point

 1. Perles. Les perles, cette occupation empruntée comme beaucoup d'autres à la maison paternelle, se retrouvent au jardin d'enfants. Naturellement l'enfilage, très simplifié, y est aussi plus méthodique ; l'aiguille est supprimée, et c'est une ficelle qui passe dans les gros trous des grosses perles. L'arrangement des couleurs détermine la succession des exercices : couleurs mélangées au hasard ; couleur unique ; plusieurs couleurs (combinaisons binaires, ternaires, etc.) ; puis viennent les enfilages plus compliqués à plusieurs fils, et avec perles plus fines sur fil de laiton.

2. Piquage.Chaque enfant tient dans sa main un poinçon à longue pointe, qu’il peut enfoncer sous surveillance dans le papier et le feutre placés dessous. Le piquage est du dessin : quand il se fait sur papier quadrillé, il s'agit de former des bordures, des étoiles, etc., par des combinaisons de lignes droites. Pour produire ces lignes, l'enfant prévoit une ligne qui n'existe pas encore, mais il marque d'abord les points de départ et d'arrivée d'un quadrillage à l'autre, puis il prend le milieu entre ces deux extrêmes, et c'est par le sectionnement de longueurs toujours plus courtes que les points viennent se ranger tous à égales distances pour former enfin la ligne.

Un autre exercice de piquage comporte du papier uni sur lequel est tracé un contour quelconque, en général celui d'un objet dont il a été question. L'enfant lui-même est parfois l'auteur de ces contours, s'il s'agit d'une forme plane qu'on puisse lui mettre entre les mains : il l'applique sur son papier et fait glisser son crayon le long de toutes les sinuosités. On fait disparaître la ligne au trait sous une ligne pointillée aussi régulièrement que possible.

3. Boutons.Les boutons sont au piquage ce que les bâtonnets peuvent être au dessin : une excellente préparation. Ils s'emploient sur des cartons dont un côté porte un quadrillage à quatre ou cinq centimètres et l'autre des tracés de formes, soit géométriques, soit usuelles. Les boutons se posent sur ces lignes suivant les mêmes règles que dans le piquage, et l'on peut mêler quelques jetons de couleur po

ur rendre l'effet plus gai.

4. Broderie. Un joli carton où l'aiguille entre et sort par des trous percés à l'avancé et laisse derrière elle un fil de couleur vive, quelle gracieuse préparation à la couture! Mais il y a nombre de difficultés préliminaires à surmonter : enfilage de l'aiguille, tension régulière et modérée du fil, etc. ; et il faut éviter ces exercices lorsqu'ils paraissent au-dessus des forces des enfants. Cependant, on ne doit pas oublier que cette occupation est de celles qui, en se prêtant à l'ornementation d'objets en carton, fournissent particulièrement à l'enfant l'occasion de petits cadeaux, en même temps que c'est la préparation à la couture, si nécessaire plus tard.

F. Matériel sans forme.

Argile. Si c'est le temps des pommes, en voilà une à imiter, en petit. Comment est-elle? Ronde, très lisse, un peu plate, un peu creusée dessus et dessous ; la queue est restée dans un de ces enfoncements, petite queue qui reste presque toujours ainsi attachée au fruit ; un bâtonnet en tiendra lieu, et voilà des pommes qui se fabriquent à la douzaine. Une autre fois ce seront une assiette, un bol, un pot de fleurs avec un brin de mousse planté dedans, autant de créations intéressantes après exercices d'observation multipliés.

Jeux avec le sable. Dans les petites caisses remplies de sable, on fera des champs, des jardins, des montagnes, où l'on plante des brins d'herbe et des branchettes pour faire les forêts et les prairies. Naturellement il y aune collection de jouets (poupées, ménages, animaux en bois) où puiser pour peupler cette création.

            Les leçons auxquelles ces occupations donnent lieu ne doivent jamais avoir un air rigide. Il faut qu'elles soient opportunes, soumises aux influences de temps, de dispositions, etc., qu'elles s'enchaînent les unes aux autres, car le but du jardin d'enfants est de développer harmoniquement un organisme et une intelligence uniques ; de l'harmonie du plan dépendra l'harmonie du développement ; aussi deux occupations différentes tracent-elles souvent le même sillon : variété dans l'unité. De plus, le jardin d'enfants a souci de l'individualité de chacun, et les leçons sont toujours suivies d'un moment où l'enfant peut faire ce qu'il veut du matériel qui lui est confié.

Ø      IVème groupe: Causeries, poésies, chants

            Le matériel d'occupations se complète par un recueil de récits délicatement choisis : contes, fables, histoires de notre monde à nous, histoires de tous les jours. Fröbel propose que l’on raconte Perrault, Grimm, les fables de Lafontaine.

"Dans les contes ce ne sont pas les évènements qui captivent l'imagination de l'enfant c'est la vie qui s'y révèle à lui comme terme de comparaison avec son esprit et sa vie propre. Le désir le plus profond des enfants est de posséder la vie intérieure."

            Les histoires sont sans mauvais exemples, elles peuvent se rapporter à un évènement du jour, à la vie actuelle de l'enfant ou tiré des circonstances scolaires. Ces contes, ces fables, ces histoires, tout ce qui peut charmer l'imagination de l'enfant, tout ce qui peut éveiller dans son esprit l'intérêt à la vie et à la nature, tout ce qui peut le tourner au bien, à l'amour du prochain, et lui faire mieux sentir la sollicitude de ses parents, enfin tout ce qui peut, en lui montrant Dieu dans ses œuvres, faire éclore la reconnaissance et préparer le sentiment religieux : voilà la causerie au jardin d'enfants, selon Fröbel. Le chant par lui-même a une grande importance éducative ; l'enfant aime beaucoup chanter, les mélodies le disposent au calme et à la joie.

Ainsi, selon la baronne de Marenholtz dans le « manuel pratique des jardins d’enfants », la méthode du jardin d'enfants satisfait aux exigences naturelles de la première enfance. Elle satisfait :

1° Au besoin de mouvement physique par des jeux gymnastiques qui produisent le développement des membres;

2° Au besoin de s'occuper d'une manière plastique, de toucher, par des exercices qui produisent la dextérité de la main et le développement des sens ;

3° Au besoin de créer par ces petites œuvres qui développent ses facultés artistiques;

4° Au besoin de connaître ou à la curiosité naturelle, en l'engageant à observer, à examiner, à comparer (c'est ainsi que se produit le développement intellectuel) ;

5° Aux tendances de l'enfant à cultiver et à soigner, par le jardinage et par l'accomplissement de ses petits devoirs, qui produisent le développement du cœur et de la conscience ;

6° Au besoin du chant, par les jeux et les chansons, qui produisent le développement des sentiments et du goût esthétique ;

7° Au besoin de vivre en société, par la vie dans la communauté du jardin d'enfants : ce mode d'existence produit les vertus sociales. Cependant le jardin d'enfants ne doit pas remplacer,il doit seconder l'éducation de famille, qui reste toujours le centre et le point de départ.

8° Au besoin le plus profond de son âme : à trouver la cause des choses, à trouver Dieu.

 

V. L’influence de Fröbel

            Les jardins d’enfants sont importés en France en 1902. En 1855, la baronne de Marenholtz, disciple de Fröbel, est invitée par le comité central des salles d’asile à présenter la pédagogie froebélienne (les salles d’asile sont créées en 1826 à Paris afin de mettre les enfants à l’abri des dangers de la rue et leur inculquer une instruction morale et religieuse). Les principes de base des jardins d’enfants et la démonstration du matériel froebélien font l’objet d’attention. La manipulation du matériel pédagogique en bois et les autres activités manuelles, les causeries, les jeux et exercices de gymnastique, le jardinage, vont être assimilés dans les salles d’asile mais ces activités vont se rigidifier et être détournées en « occupations ». Les directrices s’approprient les manipulations du matériel sans laisser aucune liberté à l’enfant.

            Il y a cependant quelques changements grâce à Marie Pape Carpantier, directrice du cours normal, très à l’écoute d’une pédagogie ouverte et basée sur l’expérience. Quatre ans plus tard, le règlement des salles d’asile laisse plus de place aux exercices physiques et au jeu.

            C’est en 1881, lorsque les salles d’asile deviennent écoles maternelles que l’intérêt pour les jardins d’enfants renait. Pauline Kergomard, inspectrice générale, s’est intéressée à la méthode de Fröbel. Elle est imprégnée des mêmes orientations pédagogiques : importance de l’observation de l’enfant et prise en considération de son imagination, référence à la mère, éducation à la liberté. Les programmes officiels vont comporter du jeu libre, des exercices de gymnastique, des travaux manuels (tressage et tissage), des jeux de construction. Des tables comme au jardin d’enfants remplacent les gradins des salles d’asile. Pauline Kergomard oppose cependant « la rigidité allemande » de la manipulation de son matériel à la « méthode française ».

            Parallèlement aux écoles maternelles, à partir de 1902, des jardins d’enfants sont ouverts dans le secteur social et privé par des associations laïques et religieuses, ainsi que par des personnes privées. Ils sont crées dans des quartiers populaires parisiens par l’Union familiale, comme les Œuvres du Moulin-Vert, fondées par Mlle Brandt, diplômée de l’école de Fröbel de Berlin, ou bien dans des quartiers plus riches par le Cours Montalembert et le Collège Sévigné. Plus tard, des comités d’entreprises, des habitations à loyers modérés et des familles vont ouvrir des jardins d’enfants. Les collèges et lycées comprendront également ces petites classes qui fermeront dans les années 1920. La méthode Fröbel sera remplacée dans un second temps par Montessori et Decroly, puis par Freinet et Steiner. Les centres de formation pour jardinières d’enfants vont s’ouvrir parallèlement. Les études seront basées sur la méthode et l’organisation du jardin d’enfants mais aussi sur l’observation du tout-petit. Des démarches de regroupement des centres, de création d’un diplôme commun et d’une formation plus longue aboutiront au diplôme d’Etat en 1973.

 

CONCLUSION :

            Froebel a insisté sur l'importance du jeu comme manifestation de l'activité du petit enfant. Pour lui l'enfant ne se développe pas qu’en regardant et en écoutant, mais aussi en agissant. Selon Froebel il y a en l’enfant un besoin de création, de mouvement, de jeu productif qui doit s’exprimer dans le jardin d'enfants, pendant la période qui précède la scolarisation.

            Pour lui, l’enfant ne peut, dans la première période de son développement, se reconnaître, que dans la perception des formes les plus simples du monde extérieur, présentées d'une façon concrète. L'enfant ne peut comprendre que l'élémentaire. Or la nature ne nous offre pas ces symboles élémentaires; c'est à nous de les mettre en présence de l'enfant.                                                                                                                                                             

L’importance mondiale de Froebel en tant que pédagogue est déterminée par le programme du jardin d’enfants :

            Dans un premier temps la méthode ne connut pas une vulgarisation rapide. Mais les disciples étaient enthousiastes : Dewey aux E.U., Mme Montessori en Italie, Decroly en Belgique, Claparède en Suisse ont suivi Froebel non pas tant dans sa philosophie éducative de la sphère, mais dans sa position à l’égard de l’activité enfantine et du besoin de création de l’enfant.

            Le succès rencontré par le programme pédagogique des jardins d’enfants de Froebel s’explique par une demande de plus en plus forte pour une prise en charge pédagogique des enfants d’âge préscolaire pendant l’industrialisation.

Sa pédagogie du jardin d’enfant associait l’aspect socio-pédagogique de l’accueil et l’éducation élémentaire par le jeu préparant ainsi l’enfant à la scolarisation. Il dépassait ainsi les établissements de gardiennage et les écoles pour tous petits.

            De nos jours on associe encore l’institution jardin d’enfants à Froebel mais elle n’est plus gouvernée par la pédagogie du jardin d’enfants originellement conçue par celui-ci. Il s’agit davantage d’un établissement d’éveil pédagogique et d’éducation préscolaire orientés vers la psychologie de l’enfant et du groupe. Il n’en reste pas moins que ses méthodes d’éducation élémentaire fondées sur le jeu demeurent à l’honneur dans l’éducation préscolaire par exemple les jeux de construction et d’assemblage.

 

Nos sources :

Livres :

n       « L’éducation de l’homme »,F. Fröbel, 1826

n      « Manuel pratique du jardin d'enfants de Frédéric Fröbel, à l'usage des institutrices et des mères de famille », J.-F. Jacobs avec une introduction de Madame la Baronne de Marenholtz, 1864

n      « Friedrich Fröbel : pédagogie et vie», Michel Soetard, 1990, Armand Colin

n      « Quinze pédagogues leur influence aujourd’hui », Jean Houssaye, 1994, Armand Colin.

Internet :

n      http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document

n      http://fr.wikipédia.org

n      http://lyceesrp.canalblog.com/archives/2010

n      http://perso.numericable.com/annick.pradeau/divers/FROBEL.pdt

n      http://books.google.fr/education +de+ l’homme+ froebel

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